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La contamination de l'enzyme alimentaire alpha-amylase par des gènes de résistance aux antibiotiques provenant de micro-organismes OGM n'est pas rare dans l'UE. Image: Shutterstock

Les produits disponibles dans l'UE contenant l'enzyme alimentaire alpha-amylase sont souvent contaminés par des gènes de résistance aux antibiotiques issus de micro-organismes génétiquement modifiés (MGM). C'est ce que révèle une récente surveillance du marché effectuée par l'autorité sanitaire belge Sciensano. Elle a trouvé des gènes de résistance aux antibiotiques intacts dans près de 48 pour cent des préparations enzymatiques analysées. Comme ces gènes pourraient être transmis à des agents pathogènes ou à des micro-organismes du microbiote intestinal, Sciensano met en garde contre les risques pour la santé.

En outre, selon l'autorité, il convient de clarifier si les contaminations par l'ADN issu de MGM relèvent ou non du règlement 1829/2003 sur les OGM dans l'UE.

Les alpha-amylases font partie des enzymes les plus appréciées de l'industrie alimentaire. Comme elles permettent de décomposer l'amidon, les entreprises les utilisent comme auxiliaires technologiques dans différents domaines - par exemple dans la production de bière, de vin, de spiritueux, de jus de fruits ou de produits de boulangerie. Selon la base de données FEDA, 38 différentes alpha-amylases issues de micro-organismes sont actuellement commercialisables dans l'UE. La moitié d'entre elles proviennent de MGM.Selon un guide de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), les entreprises qui produisent des enzymes alimentaires à partir de MGM doivent prouver, lors de la procédure d'autorisation, que leurs produits sont purifiés et exempts de MGM et de leur ADN. Avec la surveillance du marché, Sciensano a maintenant vérifié si les produits contenant de l'alpha-amylase disponibles dans l'UE sont effectivement exempts de traces de MGM. Pour ce faire, l'autorité a analysé au total 40 préparations du marché de l'UE à l'aide d'une méthode développée en interne et a récemment publié les résultats dans la revue Food Chemistry : Molecular Sciences. Sciensano a détecté de l'ADN de MGM dans 55 pour cent des produits analysés. 48 pour cent des préparations contenaient des gènes de résistance aux antibiotiques provenant des organismes de production dans leur intégralité. Dans deux produits, on a en outre trouvé des traces d'ADN qui pourraient provenir d'un MGM encore inconnu.

Déjà 14 notifications dans le système d'alerte rapide

Les récentes découvertes de MGM ne sont pas les premières que Sciensano met au jour. Depuis 2018, l'autorité belge effectue un monitoring des enzymes alimentaires et a découvert à plusieurs reprises des préparations contenant de l'ADN issu de MGM. Dans le système européen d'alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF), ces découvertes d'ADN ont donné lieu jusqu'à présent à 14 notifications au total (2020.2570, 2020.2572, 2020.2576, 2020.2577, 2020.2579, 2020.2582, 2020.2846, 2020.2870, 2020.3731, 2020.6004, 2021.1641, 2021.4764, 2021.6319, 2021.6769). Comme Sciensano l'a expliqué dans un rapport datant de 2022, 30 % des préparations enzymatiques échantillonnées à cette date contenaient des gènes intacts de résistance aux antibiotiques provenant de MGM. Dans un cas au moins, l'autorité a en outre déjà trouvé des MGM vivants dans des enzymes alimentaires : en 2019, elle a isolé des spores de la souche de production Bacillus velezensis dans une préparation de protéase.

Danger pour la santé publique et manque de méthode

Depuis les premières découvertes de MGM, Sciensano ne cesse d'attirer l'attention sur le fait que les contaminations par des gènes intacts de résistance aux antibiotiques représentent un danger potentiel pour la santé publique. La raison en est le transfert possible de ces gènes à des micro-organismes. Selon l'autorité, il pourrait rendre les traitements antibiotiques inefficaces ou perturber le fonctionnement normal des microbiomes intestinaux. Depuis les premières découvertes de MGM, Sciensano critique en outre l'absence de méthodes de détection. Contrairement aux produits issus de plantes génétiquement modifiées, les entreprises ne sont pas tenues de fournir une méthode de détection de l'organisme de production ou de son ADN pour l'autorisation des enzymes alimentaires issues de MGM. Les autorités compétentes doivent donc développer elles-mêmes les méthodes - une entreprise très difficile et coûteuse, car les entreprises gardent généralement secrètes les données de séquences nécessaires à la détection (voir illustration). Depuis 2018, Sciensano n'a pu développer une méthode de détection que pour quatre MGM différents - un nombre très modeste au vu des plus de 150 enzymes alimentaires autorisées qui sont issues de MGM. Il n'est donc pas possible d'étudier la prévalence de la contamination par les MGM et le risque de transmission de gènes de résistance aux antibiotiques.

EFSA

Insécurité juridique

Les découvertes de traces d'ADN ne suscitent pas seulement des préoccupations en matière de sécurité, elles soulèvent également la question de savoir comment traiter ces traces d'un point de vue juridique. Les collaborateurs de Sciensano sont p. ex. d'avis que les enzymes alimentaires contenant des traces d'ADN de MGM sont toujours soumises au règlement européen 1829/2003 et donc aux prescriptions relatives aux aliments OGM. Les enzymes contenant de l'ADN devraient donc être étiquetées comme produit OGM. De son côté, l'industrie s'oppose à ce que les enzymes contenant des résidus d'ADN soient réglementées comme des produits OGM. Selon elle, il n'existe pas de base juridique pour cela. Une analyse juridique appuie cette opinion. Comme les différents pays de l'UE évaluent différemment les traces d'ADN de MGM dans les enzymes alimentaires, la Commission européenne s'est également penchée sur le sujet. En collaboration avec l'AESA et les autorités compétentes des pays de l'UE, elle travaille actuellement à un traitement uniforme des résidus d'ADN dans les produits obtenus par MGM.

La Suisse n'a pas encore de monitoring

En Suisse, 82 produits issus de MGM peuvent actuellement être commercialisés en tant que denrées alimentaires. En font partie, outre les enzymes autorisées en tant qu'auxiliaires technologiques, des substances telles que des vitamines et des oligosaccharides qui sont autorisés en tant qu'ingrédients ou compléments alimentaires pour la consommation directe. Si ces produits sont purifiés de manière à ne pas contenir d'ADN de MGM, ils ne doivent pas être étiquetés comme produits OGM. L'étiquetage est toutefois obligatoire si de l'ADN résiduel est présent. Il n'existe pas encore de surveillance des traces d'OGM dans les enzymes alimentaires dans notre pays. Selon les notifications du RASFF, des préparations enzymatiques contaminées par de l'ADN de MGM ont été livrées en Suisse dans deux cas au moins (2020.2870, 2021.6319).